
L'architecture bioclimatique cherche l'équilibre entre la conception du bâtiment, le climat, l'environnement dans lequel il s'insère et les modes de vie de ses habitants. Elle ne repose sur aucune technologie particulière : elle repose sur des choix de conception, faits très tôt et pour rien.
Un bâtiment bioclimatique capte l'énergie solaire quand il en a besoin, s'en protège quand il n'en a pas besoin, conserve la chaleur ou la fraîcheur qu'il possède, et évacue ce qui est en excès.
Ces quatre fonctions — capter, protéger, conserver, évacuer — se traitent par la forme, l'orientation, les ouvertures et les matériaux, avant tout équipement technique.
La conception commence par le terrain : course du soleil, vents dominants, pente, masques créés par le relief, les bâtiments et la végétation existante.
Le schéma classique en climat tempéré français est constant. De larges ouvertures au sud, qui captent le rayonnement bas de l'hiver. Des ouvertures mesurées à l'est et à l'ouest, difficiles à protéger du soleil rasant. Des ouvertures réduites au nord.
Les pièces se répartissent en conséquence : les pièces de vie au sud, les espaces tampons au nord — buanderie, rangements, cellier, escalier, garage — qui forment une zone d'amortissement entre l'extérieur et les pièces chauffées.
Les pentes de toiture s'orientent selon les vents dominants, et la forme générale du bâtiment se veut compacte : à surface habitable égale, une forme compacte présente moins de surface déperditive qu'une forme découpée. C'est le paramètre le plus efficace et le moins coûteux de toute la conception.
Les apports directs passent par les vitrages sud et chauffent les pièces pendant la journée. Les apports indirects sont stockés dans des murs à forte masse — murs capteurs — placés derrière un vitrage, qui restituent la chaleur avec plusieurs heures de décalage, au moment où elle est utile.
Correctement conçus, ces dispositifs représentent une économie d'énergie de l'ordre de trente à cinquante pour cent sur les besoins de chauffage par rapport à une conception indifférente à l'orientation.
Une véranda, un jardin d'hiver ou un espace tampon vitré prolongent cette logique — à condition de ne pas les chauffer, ce qui inverserait entièrement le bilan.
L'inertie est la capacité du bâtiment à stocker la chaleur et à la restituer lentement. Elle lisse les écarts de température, ce qui améliore le confort en toute saison.
Elle vient de la masse accessible à l'air intérieur : dalle, chape, murs de refend, enduits épais, briques de terre crue. Une inertie recouverte de moquette, de faux plafonds et de doublages ne joue plus.
Deux précisions utiles. L'inertie ne remplace pas l'isolation : elle stocke, elle n'empêche pas les pertes. Et l'isolation par l'extérieur permet de conserver l'inertie des murs à l'intérieur, ce qui explique qu'elle soit préférée en conception bioclimatique.
C'est devenu le sujet central, et celui où les erreurs coûtent le plus cher. Trois leviers, dans l'ordre.
La protection solaire extérieure d'abord : débord de toiture calculé, brise-soleil, pergola végétalisée, volets, stores extérieurs. Un store intérieur arrête beaucoup moins de chaleur, le rayonnement ayant déjà traversé le vitrage.
La ventilation nocturne ensuite, qui décharge l'inertie du bâtiment pendant la nuit — elle suppose des ouvertures traversantes et sécurisées.
Et la végétation, qui rafraîchit par évapotranspiration : un arbre à feuilles caduques au sud ombrage l'été et laisse passer le soleil l'hiver. C'est le dispositif le plus élégant de toute la panoplie.
Un bâtiment performant est étanche à l'air ; il doit donc être ventilé mécaniquement et de manière maîtrisée. La ventilation double flux avec récupération de chaleur permet de renouveler l'air sans dilapider les calories, et un puits climatique peut préchauffer ou rafraîchir l'air neuf.
Étanchéité sans ventilation est la combinaison la plus dommageable qui soit : condensation, moisissures, dégradation de la qualité de l'air intérieur.
Elle est décidée avant le premier plan, elle coûte rarement plus cher que l'alternative, et elle continue de fonctionner sans entretien ni pièce de rechange pendant toute la vie du bâtiment. C'est ce qui la sépare de l'équipement technique, qui s'ajoute, se règle, tombe en panne et se remplace.
| |Reproduction interdite 2022 - Architecture-bioclimatique.fr